En bref : plus les participants étaient nombreux à bouger au moins 10 minutes par jour, jusqu’à être légèrement essoufflés, plus la structure du sommeil en début de nuit différait. Mais comme il s’agit d’une observation menée auprès de 69 personnes, on ne peut pas établir de lien de causalité et affirmer que « 10 minutes d’exercice favorisent le sommeil profond ».[1]
Les jours chargés, on a facilement tendance à penser l’exercice en tout ou rien : 0 ou 60 minutes. La question la plus intéressante soulevée par cette étude porte sur la fréquence plutôt que sur le volume total. Elle examine si courir longtemps le samedi et bouger brièvement du lundi au vendredi laissent les mêmes signaux sur le sommeil.
Que mesurait cette étude menée auprès de 69 personnes ?

Les chercheurs ont analysé 69 jeunes adultes âgés en moyenne de 21,5 ans. Les participants portaient un appareil mesurant leur activité et leur sommeil, et les chercheurs ont compté, sur cinq jours, le nombre de journées comprenant au moins 10 minutes d’activité physique d’intensité modérée à élevée.[1] Il s’agissait d’activités faisant nettement augmenter le rythme cardiaque et la respiration, comme marcher rapidement ou monter des escaliers.
Plus les participants avaient de journées actives, plus la proportion de sommeil paradoxal et de sommeil non paradoxal au cours des 180 premières minutes après l’endormissement était faible.[1] Le sommeil paradoxal est une phase riche en rêves, associée au traitement de la mémoire et des émotions. Le sommeil non paradoxal englobe le sommeil léger et le sommeil lent profond. Traduire directement ce résultat par « le sommeil profond a augmenté » reviendrait à regrouper à tort plusieurs phases du sommeil non paradoxal.
Pourquoi ne peut-on pas dire que « 10 minutes suffisent » ?
Premièrement, les participants étaient jeunes et l’échantillon ne comptait que 69 personnes : il est donc difficile d’appliquer ces résultats tels quels à d’autres tranches d’âge ou aux personnes souffrant d’insomnie. Deuxièmement, il ne s’agissait pas d’un essai dans lequel l’exercice était attribué aléatoirement, mais d’une étude observationnelle portant sur les habitudes quotidiennes. Il reste possible que les personnes ayant un rythme de sommeil naturellement plus stable aient aussi fait de l’exercice plus souvent.
Troisièmement, 10 minutes ne constituent pas un seuil garantissant un effet sur la santé, mais le critère utilisé par l’étude pour distinguer les journées actives. L’Organisation mondiale de la Santé recommande aux adultes 150 à 300 minutes d’activité aérobique d’intensité modérée par semaine, ou 75 à 150 minutes d’activité d’intensité élevée, ainsi que des exercices de renforcement musculaire au moins deux fois par semaine.[2] Les 10 minutes sont une petite unité permettant de commencer à suivre ces recommandations, et non un critère de remplacement.
Que nous apprend cette observation sur la fréquence de l’exercice et les habitudes de sommeil ?
Le volume total d’exercice ne se mesure qu’à la fin de la semaine, tandis que la fréquence peut être vérifiée dès aujourd’hui. Plutôt que de se demander « ai-je atteint 150 minutes cette semaine ? », se demander « ai-je consacré 10 minutes aujourd’hui à réveiller mon corps ? » réduit le seuil nécessaire pour passer à l’action. Si l’on fait de l’exercice pour mieux dormir, il est plus réaliste de commencer par choisir un créneau que l’on peut répéter plutôt que de viser une grande réussite ponctuelle.
Cependant, certaines personnes restent éveillées longtemps après un exercice intense pratiqué tard le soir. Même pour 10 minutes, la réaction du corps peut différer selon qu’il s’agit d’une marche rapide avant de partir travailler, d’escaliers à l’heure du déjeuner ou d’intervalles le soir. Pour observer son propre schéma, il faut noter ensemble l’heure de fin de l’exercice, l’heure du coucher, la consommation de caféine et d’alcool.
Quelle routine de 10 minutes peut-on adopter dès aujourd’hui pour mieux dormir ?
1. L’associer à un signal déjà présent
Ajoutez 10 minutes de marche à une action répétée, comme après le déjeuner, juste après le travail ou avant de faire la vaisselle le soir. C’est davantage l’ordre des actions que la volonté qui permet de préserver une habitude. Au début, plutôt que de chercher à beaucoup transpirer, visez une allure à laquelle il est possible de parler, mais difficile de chanter.
2. Noter séparément la fréquence et le volume total
Sur un calendrier, marquez les jours où vous avez bougé au moins 10 minutes et, le week-end, additionnez la durée totale d’exercice. La fréquence montre la régularité, tandis que le volume total indique dans quelle mesure vous vous rapprochez des recommandations de santé. En ne mélangeant pas ces deux chiffres, on réduit le risque d’abandonner toute la semaine après avoir manqué une journée.
3. Commencer par observer les horaires plutôt que les sensations de sommeil
Notez simplement pendant environ deux semaines le temps nécessaire pour vous endormir, les réveils nocturnes et l’heure du réveil. Le « score de sommeil profond » des objets connectés est une estimation fondée sur l’algorithme de l’appareil ; il vaut donc mieux observer l’évolution de la tendance avec le même appareil que considérer la valeur absolue.
Questions fréquentes
Q. Peut-on faire 10 minutes d’exercice juste avant de dormir ?
Une marche légère ou des étirements sont possibles, mais si vous avez du mal à vous endormir après un exercice qui accélère fortement le rythme cardiaque, essayez de le déplacer 2 à 3 heures avant le coucher. Le meilleur horaire se détermine en observant sa propre réaction.
Q. Les tâches ménagères comptent-elles comme 10 minutes d’exercice ?
Un ménage rapide ou la montée d’escaliers qui accélère la respiration et le rythme cardiaque par rapport à la normale peuvent être comptés comme une activité. L’essentiel de l’étude n’est pas de savoir si l’on portait une tenue de sport, mais si l’on a atteint une intensité modérée à élevée.
Q. En cas d’insomnie, suffit-il d’augmenter l’exercice ?
Non. Si les difficultés d’endormissement durent depuis plus de trois mois ou si les capacités diurnes diminuent, l’exercice constitue une habitude complémentaire ; un examen des horaires de sommeil, de l’exposition à la lumière et de la consommation de caféine, ainsi qu’une évaluation spécialisée, peuvent être nécessaires. Les ronflements, les pauses respiratoires et une forte somnolence diurne doivent conduire à rechercher d’autres causes.
DERME VERDICT | Pour mieux dormir, l’unité de mesure pourrait être la répétition plutôt qu’une seule « grande séance »
Cette étude ne fait pas de 10 minutes un chiffre magique. Elle ajoute plutôt l’axe de la fréquence à une habitude qui consistait à évaluer l’exercice uniquement selon son volume total. Marchons 10 minutes aujourd’hui, répétons demain à la même heure, puis augmentons progressivement le volume hebdomadaire. L’amélioration du sommeil ne commence pas par le score d’une nuit particulière, mais par un rythme diurne maintenu dans la durée.
Sources
[1] PubMed · Daily Exercise Frequency Predicts Sleep Architecture in Young Adults · 2025-07-04
[2] Organisation mondiale de la Santé · Physical activity fact sheet · 2024-06-26

